[Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

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[Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par Davidbrcz » 25 janv. 2016 19:04

Il faut regarder avec attention l'"Index mondial compétitivité et talents" (GTCI) que vient de publier l'Insead, en collaboration avec Adecco et le "Human Capital Leardership Institute" de Singapour. Cette étude souligne en effet la corrélation étroite qui existe entre circulation des talents et prospérité économique. En clair, plus un pays est attractif, plus il est prospère. Et du même coup, elle souligne à la fois le mal profond dont souffre notre pays et, en même temps, le principal atout dont il dispose.

Pourquoi lier ainsi mobilité et prospérité ? Parce que la mobilité internationale joue un rôle essentiel pour combler les déficits de compétences. Parce que la majeure partie des entrepreneurs et travailleurs innovants sont nés ou ont étudié à l'étranger. Et parce que les pays qui affichent les meilleures performances sont perçus comme des destinations attractives pour les professionnels les plus qualifiés, renforçant ainsi leurs atouts compétitifs.

Concernant la France, que dit cet Index ? Que notre pays n'est pas bien classé sur le plan de son attractivité : il figure au 22ème rang du classement - sur 109 pays classés. Loin derrière la Suisse, 1ère, et Singapour, classé 2ème - on passera rapidement sur la troisième place du Luxembourg...

L'étude pointe en effet une faiblesse majeure de la France : elle n'est pas (plus ?) assez attractive pour les talents internationaux. Vue de l'étranger, elle ne fait plus rêver, elle ne donne plus envie. Disons-le trivialement : la France n'est plus assez sexy. Trop de blocages, d'inertie, de querelles stériles (voir le débat actuel sur la déchéance de nationalité), de pessimisme. Mais aussi trop de chômage, trop d'impôts, trop de chemises déchirées, pas assez d'esprit d'entreprise, d'audace, de dynamisme... Pour les jeunes surtout, pour ceux qui ont envie de lancer des projets, de prendre des risques, d'innover, c'est rédhibitoire. La fameuse "circulaire Guéant", qui empêchait les étudiants étrangers en France de trouver du travail ensuite dans notre pays, n'a pas arrangé les choses... Aussi beaucoup de jeunes talents internationaux regardent-ils ailleurs : vers les Etats-Unis, qui pratiquent le "brain drain" avec une redoutable efficacité ; vers Singapour, vers l'Asie... Et plus près de nous, vers l'Angleterre, vers l'Allemagne, qui rêve de capter les ingénieurs formés en France, vers la Suisse, qui le fait efficacement... Le phénomène n'est d'ailleurs pas nouveau : tous ceux qui côtoient les institutions d'enseignement supérieur constatent que les futurs diplômés, lorsqu'ils partent étudier ou travailler dans ces pays, ne sont guère pressés de rentrer en France. Force est de reconnaître que bien peu a été entrepris, ces dernières années, pour corriger cette situation.

La vague d'immigration actuelle souligne d'ailleurs cruellement ce déficit d'attractivité : nombre de réfugiés, notamment les mieux éduqués, indiquent clairement qu'ils n'ont pas envie de s'installer en France, et qu'ils rêvent de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne. Reste alors ceux qui n'ont pas la possibilité de rejoindre d'autres pays plus attractifs - ou ceux qui sont surtout attirés par les aides sociales que la France offre...

Le rapport de l'Insead souligne aussi que la France dispose cependant d'un atout important : la qualité d'ensemble de son enseignement supérieur. Un atout dont nous ne sommes pas toujours assez conscients, et qui est clairement menacé par les coupes budgétaires et le manque de vision de nos gouvernants. Un atout qu'il faut à tout prix préserver et renforcer - notamment en y investissant massivement, au contraire de ce que nous faisons aujourd'hui. Cela suppose notamment de revenir sur le saupoudrage de ressources comme sur les "coups de rabot" généralisés que nos pouvoirs publics pratiquent si volontiers, pour faire enfin des choix d'avenir.

Le campus Asie de l'Insead, à Singapour.
Mais cela ne suffira pas. Encore faudra-t-il aussi, après l'avoir consolidé, ne pas gaspiller cet atout si précieux qu'est notre enseignement supérieur. C'est pourtant la menace qui nous guette, et que le rapport de l'Insead montre en creux. Car s'il est bon que nos diplômés s'ouvrent sur l'international, voyagent et travaillent à l'étranger, encore faut-il qu'ils ne finissent pas par couper les ponts définitivement avec un pays qui leur offre aussi peu de perspectives dans un climat aussi morose. Qu'ils gardent un lien fort avec notre pays. Le rapport souligne aussi l'importance de la qualité du management dans les entreprises. Sur ce point, autant le dire : la qualité d'ensemble du management des ressources humaines dans les entreprises françaises n'est pas à la hauteur de l'enjeu.

Faute de redresser la barre rapidement, nous risquons de continuer à financer, cahin-caha, par nos impôts et taxes, un système d'enseignement supérieur plutôt performant, et de voir d'autres pays en récolter les fruits. Car la guerre des talents, à l'échelle mondiale, est bien une réalité aujourd'hui.
Les principaux enseignements du rapport :
  • La mobilité est devenue un élément majeur du développement des talents : il est impossible de former des talents créatifs sans encourager la mobilité internationale et la circulation des cerveaux.
  • Le débat sur la migration doit passer de l’émotion aux solutions : il est désormais de l'intérêt de chaque pays de considérer les mouvements de personnes du point de vue de la gestion des talents.
  • Les pratiques de management font une différence : en sus des incitations financières et du niveau/style de vie, un autre élément de différenciation important en matière d'attraction des talents réside dans le professionnalisme du management et dans l'investissement dans le développement des collaborateurs.
  • Alors que les individus continuent de se déplacer vers les emplois, il est désormais fréquent aussi que les opportunités aillent là où se trouvent les talents. Certains pays ont commencé à attirer l'attention des investisseurs internationaux en raison de talents créatifs à un coût abordable : la Chine, la Corée du Sud, la Tunisie ou, en Europe, la Slovénie, Chypre, la Moldavie...
  • De nouveaux « aimants à talents » voient le jour. C'est le cas de l'Indonésie, du Chili, de la Corée du Sud, du Rwanda... Des destinations de plus en plus attractives, que beaucoup aspirent à rejoindre.
  • La mobilité évolue - notamment sous l'effet de la technologie. La main d'œuvre peu qualifiée continue à être remplacée par des robots, mais les travailleurs qualifiés sont eux aussi touchés et commencent à être remplacés par des algorithmes. Des secteurs d'activité entiers risquent ainsi d'être affectés. Certaines personnes pourront travailler depuis leur domicile pour différents employeurs, alors que d'autres devront se former et se déplacer pour trouver du travail.
  • Les villes et les régions deviennent des acteurs importants de la compétitivité en matière de talents mondiaux. Leur agilité et leur image de marque semblent être des facteurs de différenciation plus importants que la taille. Un nombre croissant de grandes villes se dotent de politiques innovantes pour attirer des talents internationaux.
  • Le manque de compétences techniques reste un handicap pour les pays émergents : des fossés en termes de compétences professionnelles continuent à exister au sein de pays émergents comme la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud et notamment le Brésil.

Avis d'experts


Bruno Lanvin, directeur général pour les Indices mondiaux à l’Insead et co-auteur du rapport : « L'une des recommandations clés du rapport est que les pays doivent gérer de manière plus professionnelle et stratégique les nouvelles dynamiques en matière de circulation des cerveaux. »

Paul Evans, professeur émérite en ressources humaines et développement organisationnel à l’Insead, directeur académique et co-auteur du rapport : « Attirer et de fidéliser les talents, notamment depuis l'étranger, demande beaucoup d’efforts. Si les opportunités en matière de formation supérieure restent un facteur clé d’attraction et de fidélisation des talents, le professionnalisme des entreprises et la qualité des pratiques managériales sont aussi de plus en plus importants. Prenons l'exemple des pays nordiques qui affichent des performances très élevées en termes de gestion professionnelle, de reconnaissance au mérite et d'attention portée au développement des collaborateurs. C'est un aspect particulièrement important pour la génération Y, et donc pour les leaders de demain. »

Alain Dehaze, PDG du Groupe Adecco : « Les pays les plus performants en matière de gestion des talents sont ceux qui ont su investir dans l’éducation et les plateformes de connaissance, tout en simplifiant les démarches administratives et les règles du marché du travail. »

Wong Su-Yen, directeur général du Human Capital Leadership Institute (HCLI) : « La circulation des talents entre les pays s’appuie sur un ensemble complexe de facteurs économiques, politiques et sociaux. Les pays reconnus comme des références en matière d’attractivité peuvent perdre leurs propres talents au profit d’autres marchés. Nous devons être conscients qu'il n'y a pas d’acquis en matière d’attractivité des talents, ceux-ci allant souvent chercher des opportunités d’évolution de carrière dans d’autres pays. Le défi est donc pour les pays de continuer à innover dans leur façon de former, attirer, et retenir les talents ».

Source : http://focuscampus.blog.lemonde.fr/2016 ... etrangers/

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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par abouMPSI » 25 janv. 2016 19:18

Et :
Plan de vol ambitieux pour l’ISAE-Supaéro
http://focuscampus.blog.lemonde.fr/2016 ... e-supaero/
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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par Diogene » 02 févr. 2016 16:16

Ils sont impressionnés par l'excellence française. Autocensure, du classique

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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par somerr » 22 août 2016 12:10

Sauf qu'en Allemagne ils parlent allemand, le choix n'est pas si facile
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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par U46406 » 22 août 2016 12:40

somerr a écrit :Sauf qu'en Allemagne ils parlent allemand, le choix n'est pas si facile
Si : prendre LV1 allemand à l'entrée au collège. :mrgreen:
« Occupez-vous d’abord des choses qui sont à portée de main. Rangez votre chambre avant de sauver le monde. Ensuite, sauvez le monde. » (Ron Padgett, dans Comment devenir parfait) :mrgreen:

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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par U46406 » 22 août 2016 12:56

C'est comme aux échecs, il faut savoir jouer plusieurs coups d'avance.

Le nec plus ultra de la part d'un futur parent d'élève étant de prendre pour conjoint une personne de langue allemande. :lol:

(par analogie avec le fil de discussion qui explique que certains parents achètent une maison à côté d'une crèche, elle-même à côté d'une école maternelle, elle-même à côté d'une école primaire internationale, collège du même acabit international, lycée, et enfin une prépa du Top 3.)
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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par Pater » 22 août 2016 16:23

U46406 a écrit :
somerr a écrit :Sauf qu'en Allemagne ils parlent allemand, le choix n'est pas si facile
Si : prendre LV1 allemand à l'entrée au collège. :mrgreen:
Du reste c était fortement préconisé aux meilleurs élèves de primaire jadis
Quitte à ce qu il swape la lv2 en 2nde
Aujourd'hui un fluent en allemand part une grosse plus value
Pour l article de l insead, l analyse manque franchement de finesse..
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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par Adolorante » 23 août 2016 09:43

Throm25 a écrit :Normal. Ingé en France 1700 nets par mois en Province. En Allemagne, 2350 nets par mois avec un cout de la vie inférieur. Le choix est vite fait.
C'est drôle, j'ai l'impression que ton compte a pour unique but de dénigrer les salaires d'ingénieurs français.
U46406 a écrit :
somerr a écrit :Sauf qu'en Allemagne ils parlent allemand, le choix n'est pas si facile
Si : prendre LV1 allemand à l'entrée au collège. :mrgreen:
Faut-il encore supporter la langue germanique. Même en parlant en anglais au travail, je ne pourrais pas la supporter au quotidien. C'est pour ça que dans mes recherches j'évite surtout la zone Allemagne/Suisse. :roll:
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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par RiskyChoice » 23 août 2016 18:36

Vu la difficulté pour trouver un job en France (qui plus est intéressant) pour un ingénieur Français, surtout s'il est débutant, j'ai du mal à imaginer l'exercice que ce doit être pour un étranger :roll:

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Re: [Lemonde] La France ne séduit pas les diplômés étrangers

Message par Adolorante » 23 août 2016 23:52

T'auras pas de concurrence étant donné que je ne suis pas ingé. ;) Ton salaire je le trouve facilement en France en tant que débutant, et avec une conversion brut/net qui m'est plus favorable.

De là à dire que la prépa est une arnaque... Ça dépend de chacun. Pour ma part, elle m'a été profitable car :
- Je me suis rendu compte en sup que la physique j'aimais vraiment pas ça (et la chimie, bof) ;
- Je me suis rendu compte en sup que je voulais absolument pas être ingénieur, dans le sens "premier". Typiquement les débouchés des Arts et Métiers me rebutaient ;
- J'ai eu deux ans pour me trouver une orientation qui me plairait vraiment ;
- J'ai eu deux ans pour bouffer des maths à haute dose et pour m'épanouir intellectuellement ;
- J'ai eu deux ans pour apprendre à travailler.

D'ailleurs, ce que je fais n'est accessible que via prépa, L3 (perte d'un an) ou M1 (perte d'un an) ou formation continue (perte de deux ans, pendant laquelle je pourrai faire une expertise ou suivre un MBA). Cela dépend donc de la situation de chacun.

Bien-sûr, à partir du moment où on te parle de la prépa essentiellement comme une machine qui te permet à la fin de tout parcours random de toucher tes 50k avec pour unique condition d'avoir travaillé pendant deux ans, c'est normal que tu penses que c'est une "arnaque". Car la prépa, c'est surtout bien pour ceux qui ont envie de suivre un enseignement assez généraliste, de bonne qualité et avec un accompagnement plus fort qu'ailleurs.
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